L’allemand entre langues régionales, dialectes et anglicismes

L’allemand entre langues régionales, dialectes et anglicismes

Le savais-tu ? L’allemand est la langue officielle ou minoritaire dans 9 pays de l’Union européenne. Avec environ 100 millions de locuteurs c’est même la première langue maternelle au sein de l’UE ! N’empêche qu’en Allemagne, tout le monde ne parle pas (uniquement) l’allemand. Langues régionales et minoritaires, de nombreux dialectes… et un grand faible pour les anglicismes marquent les paroles de nos voisins !

 

Unique langue régionale en Allemagne : le Niederdeutsch

Contrairement à la France avec ses dizaines de langues régionales, l’Allemagne n’en compte qu’une seule: le Niederdeutsch, ou Platt en langage familier. Cette langue régionale d’origine saxonne fait partie des langues germaniques de la Mer du Nord (comme l’anglais, par exemple).

Le Niederdeutsch était très en vogue du 13ème jusqu’au début du 17ème siècle: c’était l’époque de la Deutsche Hanse, une union de commerçants de l’Allemagne du nord. Voyageant de l’Angleterre jusqu’en Russie en passant par la Norvège, ces commerçants se servaient d’une même langue partout, ce qui facilitait évidemment les transactions: le Platt.

Malgré son déclin depuis cette époque, le Niederdeutsch compte toujours environ 2,5 millions de locuteurs en Allemagne aujourd’hui. Et les trois quarts des Allemands du nord disent comprendre le Platt – sans forcément savoir le parler.

 

Des biens culturels protégés : les langues minoritaires en Allemagne

A cette unique (mais très répandue) langue régionale s’ajoutent quatre langues minoritaires : le Danois (Dänisch), le Frison (Nord- und Saterfriesisch), le Sorabe (Ober- und Niedersorbisch) et la langue des Sinti et Roms, le Romanes.

 

Le Danois

Le Danois, une des trois langues scandinaves avec le Norvégien et le Suédois, est parlé par une minorité danoise dans le nord de l’Allemagne. La région frontalière entre l’Allemagne et le Danemark étais jadis un duché, le Schleswig. Avant la consolidation des Etats nationaux, Danois et Allemands y cohabitaient dans la bonne entente.

A partir du 19ème siècle, les nationalismes grandissants mirent un triste terme à cette harmonie: la guerre éclata entre les royaumes du Danemark et de la Prusse. La dernière emporta le duché de Schleswig en 1864. Mais après la défaite allemande dans la Première Guerre Mondiale, on permit à la population elle-même de choisir son appartenance. La partie nord de l’ancien duché (le Nordschleswig) fut ainsi intégrée au Danemark, tandis que la partie sud (le Südschleswig) resta attachée à l’Allemagne.

Aujourd’hui, la minorité danoise est officiellement reconnue et promue en Allemagne – et sa langue continue d’y coéxister avec l’allemand.

 

Le Frison

Comme le Danois, le Frison est une langue minoritaire parlé ans le nord de l’Allemagne, dans la région du Schleswig-Holstein et dans la Basse-Saxe. Les Frisons, membres d’une tribu germanique, peuplaient les plaines et îles du nord dès le 7ème siècle. Selon les régions, elles s’appelaient alors West-, Ost- Nord- ou Saterfriesen – avec pour chaque groupe une variante linguistique propre du Frison, langue germanique occidentale proche de l’Anglais. Aujourd’hui, seulement deux de ces variantes existent encore en Allemagne, le Nord- et le Saterfriesisch.

 

Le Sorabe

Dans le Nord-Est de l’Allemagne, dans les régions de la Saxe et du Brandebourg, existe une autre langue minoritaire encore, celle-ci d’origine slave: le Sorabe. Le peuple des Sorabes avait commencé à peupler les régions des Monts Métallifères (entre l’Allemagne et la République tchèque) jusqu’à la Mer Baltique au 6ème siècle. Menacées par l’industrialisation et la politique du Troisième Reich, la culture et la langue sorabes sont arrivés à survivre jusqu’à nos jours.

Par contre, le Nieder- et le Obersorbisch, les deux variantes du Sorabe, sont bien en déclin. De moins en moins d’Allemands parlent encore le Sorabe – ils sont environ 30 000 aujourd’hui. Les deux régions où vivent encore des Sorabes essaient pourtant de conserver cette langue, avec notamment la mise en place d’un enseignement bilingue.

 

Le Romanes

Venus depuis l’Inde et le territoire actuel du Pakistan, des Sinti sont présents sur tout le territoire germanophone depuis le 14ème siècle. Les Roms, quant à eux, s’installèrent en Allemagne au cours du 19ème siècle. Persécutés sous le Troisième Reich, les Sinti et Roms sont depuis 1995 reconnus et protégés comme une minorité en Allemagne.

Bilingues, les Sinti et Roms en Allemagne parlent le Romanes, une langue indoeuropéenne qui puise ses sources dans le Sanskrit. Mais, influence du patois oblige, le Romanes a développé ses propres dialectes – le Romanes bavarois, saxon, wurtembergeois…

 

Symboles du morcèlement historique : les dialectes

Ce qui nous mène aux dialectes en Allemagne ! Très nombreux, ils rappellent le morcèlement historique de ce qui constitue aujourd’hui la République fédérale. Effectivement, jusqu’à assez récemment dans l’histoire, ce territoire était une mosaïque de royaumes, de duchés et de cités libres. Ce n’est qu’à la fin du 19ème siècle qu’un Etat national se formait à la place des mille et un morceaux jadis rassemblés au sein du Saint-Empire romain germanique. Et l’Allemagne que nous connaissons aujourd’hui n’existe dans ses frontières actuelles que depuis – 1990 !

Alors, pas étonnant que l’allemand, si longtemps parlé et écrit différemment d’un endroit à l’autre (une orthographe commune n’était mise en place qu’à partir du 17ème siècle !), conserve sa multitude de dialectes.

Le bavarois, le saxon, le berlinois… chaque dialecte garde ses mots et expressions propres. Un exemple ? Le « petit pain », sine qua non du petit déjeuner en Allemagne (à la place du croissant 😉 ), n’a pas de traduction unique en allemand :

Chez moi en Bavière les boulangers vendent des Semmeln. Dans le sud-ouest de l’Allemagne on commande des Wecken, des Weckle ou des Weggli. A Dresde on achète des Bemmen, à Berlin des Schrippen. Et enfin, dans une grande partie du nord de l’Allemagne, on quitte la boulangerie avec un sachet plein de Brötchen. Chacun est évidemment persuadé de détenir la seule « vrai » dénomination pour ces petites boules de pain. Et s’amuse royalement en entendant des Allemands venus d’ailleurs en commander dans leurs terminologies bizarres 😀

Envie d’écouter les dialectes allemands? Voici quelques exemples rigolos🙂

 

Do you speak German ? L’allemand et ses anglicismes

Enfin, différences linguistiques régionales à part, une chose est sûre : les Allemands de tous parts nourrissent beaucoup moins d’aversions contre la langue de Shakespeare que les Français. Et pour cause : l’anglais et l’allemand sont tous les deux des langues germaniques.

Alors, on a beau discuter de la mauvaise influence de l’anglais sur le vocabulaire traditionnel en Allemagne comme en France. Mais il ne faut pas oublier que toute langue vivante change, influence et se fait influencer par d’autres en permanence ! Ainsi, environ 3,5% des mots allemands officiellement recensés dans le Duden (Le Robert à l’allemande) sont en fait des anglicismes plus ou moins évidents.

Aujourd’hui, le Denglisch (mélange de Deutsch (l’allemand) et d’Englisch (l’anglais)) se fait surtout sentir au niveau professionnel. Ici, les meetings ont remplacé les réunions, la mise à jour s’appelle Update et les chargés de RH se déguisent derrière des néologismes comme candidature experience managers.

Mais les jeunes aussi, à force sûrement de l’influence d’internet, parsèment leur langage de mots importés de l’anglais. Même si la signification est souvent adaptée au passage ! Ainsi, le terme anglais « to check » (vérifier) est devenu l’expression allemande checken (employé parfois pour signifier que l’on vérifie quelque chose, mais surtout dans le sens de « comprendre »).  Et le terme « handy » (pratique, commode, à portée de main) désigne en Allemagne – les téléphones portables ! C’est sûr que Mobiltelefon n’est pas un mot très fancy, n’est-ce pas ?

Pour terminer, voici un petit vocabulaire des anglicismes (familiers et officiels) sur lesquels tu risque de tomber en Allemagne 😉

 

20 mots à connaître en « Denglisch »

1) ablosen

Perdre, être nul. Terme familier dérivé du mot anglais « lose » (perdre) et employé notamment en parlant d’un match ou jeu perdu suite à une mauvaise performance.

2) ausgepowert

Crevé. Cela vient du mot « power » (force) et veut dire qu’on a donné toute son énergie, notamment physique (en faisant du sport), mais aussi mentale.

3) Baby-Face

Il n’y a pas d’équivalent de ce terme en français. (Ni en véritable allemand, d’ailleurs.) Il désigne les hommes au visage de gamin (comme Brad Pitt jusqu’à ce qu’il se laisse pousser une barbe… 😉 )

4) Bodyguard

Le garde corps. A la place du mot allemand Leibwächter qui veut dire exactement la même chose mais c’est tellement pas cool quoi.

5) boomen

Être en plein essor. Dérivé du terme anglais « boom ».

6) chillen

Se détendre. Du terme anglais « to chill », qui veut dire refroidir, mais aussi se relaxer. C’est souvent employé par les jeunes pour dire qu’ils font rien (ich chille) ou pour appeler au calme (Chill’ mal!).

7) Couch

Le canapé. Même terme en anglais – en allemand ça serait un Sofa. (Et avant que l’on commence à critiquer les anglicismes, rappellons-nous que l’anglais n’est pas la seule langue à avoir une influence sur l’allemand ! Mon arrière-grandmère appelait son Sofa – canapé !)Un fainéant ou paresseux s’appelle d’ailleurs une Couch-Potato – une patate de canapé 😀

8) daten

Cela signifie avoir un rendez-vous romantique pour lequel le terme anglais est « date ».

9) down sein

Être déprimé, « down » signifiant « en bas » en anglais.

10) High Heels

Les talons. En allemand propre, on peut également entendre parler de hochhackige Schuhe – chaussures aux hauts talons. Mais enfin, high heels est tellement plus fashionable, isn’t it ?

11) hip sein

Être en vogue.

12) in sein

Idem. Être « in » (dedans), c’est suivre la mode, être en vogue.

13) k.o. sein

Être crevé. Du terme anglais « knock-out » – assomer.

14) Laptop

L’ordinateur portable. En anglais, cela signifie littéralement « sur les genoux ».

15) Lockdown

Ce terme d’origine anglaise était employé pendant la crise du Covid-19 pour parler des mesures de confinement. (Les alternatives en allemand auraient été des mots tels que Ausgangsbeschränkung (restriction de sortie) ou Kontaktsperre (interdiction de contact). Et oui, c’est plein de consonnes et beaucoup moins intuitif que lockdown.)

16) snacken

Grignoter. Du terme « snack » (en-cas). Comme il n’y a pas de joli petit terme pour en-cas en allemand, ce néologisme anglais s’impose. En allemand standard, il existe seulement la Zwischenmahlzeit (un repas-entre-repas, pour ainsi dire), mais c’est loooong.

17) Sorry

Pardon. Pareil : pourqoui dire Entschuldigung si le terme anglais est tellement plus court, hip et simple ?

18) Stop-and-go

La circulation en accordéon. Ça s’arrête puis sa repart. Voilà.

19) Womanizer

Avec ce joli terme on désigne en Allemagne un séducteur, un don Juan, un lovelace ! L’équivalent en allemand serait Frauenheld (héros de femmes), mais encore une fois, l’anglicisme y rajoute du flair 😉

20) Work-Life-Balance

Un nouveau mot très chic. Trouver l’équilibre entre notre vie professionnelle et personnelle est devenu une priorité pour la plupart d’entre nous. Mais Arbeits-Lebens-Gleichgewicht, ça serait encore une de ces terminologies allemandes indigestes… Et franchement, l’allemand en a assez comme ça, non ? 😉

 

Magdalena

 

Tu veux apprendre l’allemand ou améliorer ton niveau ? Voici quelques idées pour combiner l’apprentissage de l’allemand avec une expérience pratique ! 😀

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