Les jours de fête en Allemagne

Les jours de fête en Allemagne

Les Allemands, ça rigole pas, ça travaille… on aime bien se le répéter. Et voilà qu’ils n’ont que 9 jours de fête nationaux par an – contre 11 en France ! Quelle tristesse…

allemagne

Faux !

Eh oui, tu n’auras pas compté sur l’esprit de fête de tes voisins allemands ! Car aux 9 jours fériés en vigueur dans toute l’Allemagne s’ajoutent 11 jours supplémentaires fêtés dans différentes régions du pays !

Plus des demi-journées fériées.

Plus des journées d’avant-jour-férié.

Plus des journées dites « tranquilles ».

Plus des jours de fête officieux.

Plus toute autre excuse possible pour faire la fête, quoi !!!

 

Les jours de fête en Allemagne – une institution !

 

Tu commences à voir ce que je veux dire ? Creusons encore un peu.

 

Journées de repos, soirées de fête…

La fête, c’est une institution en Allemagne. Selon la constitution allemande, le Grundgesetz, les dimanches et jours fériés sont des « journées de repos qui servent à élever l’esprit » (art. 139). C’est beau, hein ?

Et la fin de la journée de travail en Allemagne ne s’appelle pas tout simplement « fin de la journée de travail ». Elle s’appelle Feierabendsoirée de fête !

Alors évidemment, tout comme en France, la plupart des jours de fête en Allemagne prennent racine dans des fêtes religieuses. Élever l’esprit, c’était sans compter les boums et beuveries qui de nos jours remplacent les jeûnes pieux et les fréquentations des églises d’autrefois. Et la « soirée de fête », au début, ne désignait que les soirées de repos qui précédaient des jours de fête.

Mais qu’importe ? L’essentiel à retenir, c’est que les Allemands adorent faire la fête – et bien rigoler !

 

Un pays, 16 Länder, ça fait… 20 jours fériés !

Cependant, tous les Allemands ne fêtent pas tout et en même temps. Des 9 jours de fête nationaux officiels, un seul a été décrété jour férié par le gouvernement fédéré d’Allemagne : Le 3 octobre, fête nationale à l’honneur de la réunification des deux Allemagnes (Wiedervereinigung). Tous les autres ont été désignés jours de fête par les régions !

Car oui, il faut se le rappeler : A l’opposé du centralisme français, l’Allemagne est un Etat fédéré. Il est composé de 16 Etats régionaux (Bundesländer) – qui disposent chacun de leur propre gouvernement et de leurs ministères. Chaque région son ministère de l’intérieur, des finances, de l’agriculture, de la justice, de l’économie, de la santé…

Et oui.

L’un de ces ministères, le Kultusministerium de chaque Etat régional d’Allemagne, a des racines dans le temps avant la séparation de l’Etat et de l’église (en 1919). Déduit du terme « culte », il est historiquement en charge des affaires religieuses, mais aussi de l’éducation et du sport. Et même si l’Allemagne est aujourd’hui un Etat laïque, ce sont toujours ces 16 « ministères du culte » qui sont en charge des jours de fête en Allemagne.

En fonction des choix de chacun, certaines régions comptent donc 10 jours de fête, d’autres 11. Et la Bavière, le Bade-Wurtemberg et la Sarre couronnent la liste avec un total de 12 jours de fête officiels !

En cause de ces différences : Encore une fois, l’héritage religieux. Alors que le Nord de l’Allemagne compte plus de protestants que de catholiques, les régions du Sud ont toujours été majoritairement catholique.

Résultat : Des jours de fête en plus dans les régions à penchant catholique. Les protestants, eux, ayant historiquement refusé de fêter certains jours du calendrier catholique…

 

La mosaïque des jours de fête en Allemagne

Les jours de fête nationaux

Alors, tout cela est très intéressant, mais ça donne quoi, enfin ?

En gros, les jours de fête nationaux en Allemagne ressemblent beaucoup aux jours fériés en France. Les Allemands fêtent, comme les Français :

Le Nouvel An au 1er janvier (Neujahr).

Le Lundi de Pâques (Ostermontag).

La Fête du Travail au 1er mai (Tag der Arbeit).

L’Ascension (Christi Himmelfahrt).

Le Lundi de Pentecôte (Pfingsmontag) – et ce n’est pas un jour de solidarité, mais un vrai jour de fête, hein ?!

Noël, le 25 décembre (Weihnachten).

Ce jour de Noël est plus précisément appelé le 1. Weihnachtsfeiertag – « premier Noël-fête-jour »… Car il existe un deuxième !

Le 26 décembre est également férié en Allemagne et s’appelle donc le 2. Weihnachtsfeiertag (tu as tout compris – le « seconde Noël-fête-jour »).

Aux 6 jours de fête nationaux en commun entre la France et l’Allemagne s’ajoutent donc cette deuxième journée de Noël, la fête nationale le 3 octobre – et le Vendredi saint.

 

Les jours de fête régionaux

Ça va jusqu’ici ? Alors jetons un œil sur les journées de fête régionales qui s’ajoutent au calendrier des 16 Länder d’Allemagne.

La Fête des Rois

Il y a d’abord la Fête des Rois le 6 janvier. Cette Heilige Drei Könige (trois rois saints) est fêtée en Bavière, Bade-Wurtemberg et la Saxe-Anhalt.

Traditionnellement, pendant les premiers jours de chaque nouvelle année, des enfants font le tour des maisons en tant que Sternsinger (« chanteurs des étoiles »). Portant le déguisement oriental des trois rois et brandissant une grande étoile, ils s’arrêtent devant chaque foyer et chantent en l’honneur des rois saints.

Ensuite, ils marquent l’année et les trois majuscules CMB sur la poutre de la porte d’entrée en crayon (cette année par exemple 20*CMB*20). Ce message, qui restera inscrit sur la porte toute l’année (gare à l’effacer !!), est interprété à la fois comme les initiales des trois rois (Caspar, Melchior et Balthasar) et comme le dicton latin Christus mansionem benedicat (« que Dieu bénisse cette maison »).

La Journée internationale des femmes

Ensuite, le 8 mars, Berlin fête la Journée internationale des femmes (Internationaler Frauentag)! Ce jour de fête s’est ajouté au calendrier berlinois l’année dernière seulement. Jusqu’alors, Berlin était la seule région à ne compter que les 9 jours de fête nationaux. (D’ailleurs, en 2020 uniquement, Berlin s’est octroyé encore un jour de fête supplémentaire –  à l’honneur des 75 ans depuis la libération du national-socialisme, le 8 mai 2020 !) Ça bouge dans la capitale !

Le Dimanche de Pâques & Le Dimanche de Pentecôte

Une autre spécificité régionale : Le Brandebourg est le seul Etat régional d’Allemagne à avoir octroyé le statut de jour férié au Dimanche de Pâques (Ostersonntag) ainsi qu’au Dimanche de Pentecôte (Pfingstsonntag). Ainsi, les personnes travaillant ces dimanches là ont droit à des compensations supplémentaires. Dans les 15 autres régions, ce sont juste des dimanches « normaux »…

 

La Fête-Dieu

En juin, le Bade-Wurtemberg, la Bavière, la Hesse, la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, la Rhénanie-Palatinat et la Sarre célèbrent la Fête-Dieu (Fronleichnam). C’est une des fêtes catholiques les plus importantes de l’année qui fait référence au Corps du Christ et la dernière communion.

Des règlementations spéciales existent en Saxe et en Thuringe : Historiquement sous influence protestante, ces deux Länder permettent à certaines communes à penchant catholique de traiter la Fête-Dieu comme un jour férié.

 

La Fête de la Paix

Pour une exception, c’en est une ! Chaque année, le 8 août, un seul endroit en Bavière profite d’un jour férié de plus ! Il s’agit de la ville de Augsburg qui célèbre la fin de l’oppression des protestants de la ville avec la Paix de Westphalie de 1648. Avec sa Fête de la Paix (Friedensfest), Augsburg compte 13 jours fériés – le maximum des jours de fête en Allemagne !!

 

L’Assomption

Passons à une date bien connue des Français : L’Assomption (Mariä Himmelfahrt). Alors que le 15 août est bien férié en France, il ne l’est que dans l’Etat régional de Sarre en Allemagne ainsi que dans les communes à majorité catholique en Bavière. Une explication pour la Sarre ? Possiblement sa proximité historique à la France… 😉

 

La Journée mondiale de l’enfance

Encore une belle singularité : Depuis 2019, la Thuringe célèbre la Journée mondiale de l’enfance (Weltkindertag)! Avec un gouvernement très à gauche, la Thuringe met ainsi l’accent sur la famille et les droits des enfants – et leur offre désormais un 20 septembre férié.

 

La Fête de la Réformation

En voilà une qui ne prend pas racine dans la tradition catholique : La Fête de la Réformation ! Ce Reformationstag est célébré le 31 octobre à l’honneur de Martin Luther qui, dit-on, ce même jour de l’année 1517, cloua ses fameuses 95 thèses contre la porte de l’église de Wittenberg est initia ainsi la réformation protestante.

La Fête de la Réformation était un jour férié dans la République Démocratique d’Allemagne (RDA). Abrogée (avec d’autres jours de fête) en 1967 au profit de la semaine de travail de 5 jours, elle fut rétablie comme fête officielle en 1990.

Depuis la réunification, elle continue d’être célébrée dans les anciennes régions de la RDA – en Brandebourg, Mecklembourg-Poméranie, Saxe, Saxe-Anhalt et Thuringe. A cela s’ajoutent aujourd’hui la Basse-Saxe, le Schleswig-Holstein ainsi que les Etats-villes régionaux de Brème et de Hambourg.

 

La Toussaint

La fête de la Toussaint (Allerheiligen), jour férié en France, ne l’est (comme l’Assomption) que dans certains Etats régionaux de l’Allemagne. Fête traditionnellement catholique, elle est célébrée uniquement en Bade-Wurtemberg, Bavière, Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Rhénanie-Palatinat et Sarre.

 

La Journée de la Repentance et de la Prière

Voilà une fête bien sobre ! La Buß- und Bettag, littéralement la journée de la repentance et de la prière, est une fête d’origine protestante. Historiquement, elle fut décrétée par l’église au besoin : Dans des circonstances de misère et de manque les croyants furent appelés à se repentir et à prier pour invoquer la miséricorde divine.

Jour férié officiel du Reich à partir de 1934, cette journée persistait en RDA jusqu’en 1967, tandis que dans la République Fédérale d’Allemagne (RFA), elle devint une journée officielle de commémoration. Avec la réunification cette journée devint un jour férié pour toute l’Allemagne. Mais seulement 5 ans plus tard, elle fut abrogée au profit de l’assurance-dépendance fraîchement inaugurée !

Seule la Saxe décida de la garder dans son répertoire de jours de fête – en revanche de taxes élevés pour les travailleurs qui doivent quand même contribuer à l’assurance-dépendance…

Une autre exception existe en Bavière : Ici, la journée de la repentance et de la prière est un jour férié pour les élèves uniquement ! A Berlin, ce ne sont que les élèves protestants qui ne vont pas à l’école ce jour-là.

 

Carnaval & Co. – Les jours de fête officieux

 

Alors, tu t’en doutais peut-être déjà – tout le monde n’est pas content de cette mosaïque régionale qu’est le calendrier des jours de fête en Allemagne.

Et cela pour cause : Pourquoi les Allemands de Berlin devraient-ils travailler davantage que les Allemands de Augsburg ?? Décidément, ce n’est pas juste… Mais en même temps, c’est ça, le fédéralisme !

Une autre source de mécontentement : Comme en France, la plupart des jours de fête sont d’origine religieuse. Aujourd’hui, l’Allemagne est un Etat laïque – et plus qu’un tiers de sa population n’a plus d’appartenance religieuse. Alors même si un peu plus que la moitié des citoyens allemands appartient encore à l’église catholique ou protestante, le maintien de jours de fête religieux est de plus en plus difficile à justifier…

Enfin, ces désaccords sont quand même un peu superficiels. Car en vérité tout le monde est content de quelques jours de fête de plus… 😉 Et enfin, même sans les jours de fête officiels, les Allemands trouvent bien de raisons pour faire la fête ! Voyons donc un peu…

 

Les demi-journées fériées

Ce ne sont pas vraiment des jours fériés, mais un peu quand même… Je parle de la Réveillon de Noël et de la Saint-Silvestre !

Alors officiellement, ce sont des journées de travail comme tous les autres.

Mais de fait, le 24 décembre, tous les commerces sont tenus de fermer leurs portes à 14h au plus tard pour respecter l’esprit solennel de cette journée ! Ce qui oblige donc pas mal de travailleurs de poser une demi-journée de congé… D’ailleurs, si le Réveillon tombe sur un dimanche, les commerces habituellement ouverts ce jour là (comme les boulangeries par exemple) n’ont même droit qu’à trois heures d’ouverture avant 14h !

Le 31 décembre, c’est un peu moins rigoureux. Seulement la Brème, la Hesse et la Thuringe imposent une fermeture des commerces à 14h en l’honneur de la Saint-Silvestre.

 

Les  journées d’avant-jour-férié

Ah ! Une raison de plus pour ne pas travailler ! Car attention – certains jours de fête en Allemagne ne sont pas juste des jours fériés… Ce sont de « hauts » jours de fête ! Comme le nom le laisse deviner, ils sont particulièrement importants !

Les hauts jours de fête en Allemagne, ce sont : Le Nouvel An, le Dimanche de Pâques, la Journée du Travail, le Dimanche de Pentecôte et Noël.

Et puisqu’un haut jour férié tout seul n’est pas drôle, commençons la fête la veille à midi ! Hélas, cette règlementation ne s’applique qu’à quelques choisis… Ainsi, seulement certains ports de la Mer du Nord arrêtent le travail à 12h les jours qui précèdent un haut jour férié. Règne alors la Hafenruhe – le calme dans les ports… En théorie au moins ! Car dans la pratique, une belle demi-journée sans travail invite bien à organiser des Hafenfeste – des fêtes de port !

 

Les journées dites « tranquilles »

Bon, ça gâche un peu l’esprit de fête, mais il faut le rappeler : Jour de fête ne veut pas toujours dire faire la fête. De par leur héritage religieux, beaucoup de jours fériés appellent au contraire au recueillement. Ainsi existent en Allemagne ce qu’on appelle des « journées tranquilles »Stille Tage :

Le Mercredi des Cendres, les Jeudi, Vendredi et Samedi saints, le Dimanche de Pâques, le Dimanche de Pentecôte, la Toussaint, la Fête des Trépassés, la Journée de Deuil National, la Journée de la Repentance et de la Prière, le Jour des Morts et la Réveillon de Noël.

Et oui, les noms le laissent entendre : Ces journées-là n’invitent guère aux rigolades ! Bien au contraire, on y commémore les défunts, on se repentit, on prie… en principe, au moins.

Même si les journées tranquilles ont perdu beaucoup de leur sens, surtout pour les jeunes générations, elles entrainent quelques règles spécifiques. C’est pourquoi les cinémas sont incités à ne pas montrer, lors des journées tranquilles, des films violant l’esprit moral de ces fêtes de commémoration et de repentance. Et que, le Vendredi saint notamment, les bals sont interdits

 

Les jours de fête officieux

Ah, mais ça ne fait rien ! Car des occasions pour danser et faire la fête, il en existe en Allemagne ! Parlons des journées de coutume !

Ce sont des journées de joie, de vie, de danse… des véritables journées de fête, quoi, même si du coup elles ne le sont pas officiellement.

Si je dis journées de coutume, je parle des vielles fêtes populaires. De danses traditionnelles. De fêtes païennes, évidemment omises par le calendrier chrétien…

Le Carnaval…

En tout premier lieur : Le carnaval ! Dénommé aussi « la cinquième saison », le Karneval ou Fasching est l’une des périodes de fête les plus importantes en Allemagne. Le carnaval précède la période de jeûne avant Pâques – et comme s’il fallait se préparer moralement à ce carême, le carnaval marque une période de folie pétulante.

Partout en Allemagne, les gens assistent à des défilés de carnaval ou se déguisent pour l’une des nombreuses boums de carnaval. Derrière les costumes règnent alors l’égalité de tous – et la liberté du fou !

Et puisqu’on parle liberté et égalité, il existe une journée particulièrement intéressante pour les femmes : La Weiberfastnacht. Pendant 24 heures, ce sont les femmes qui détiennent le pouvoir ! Au Moyen Age, d’où date cette tradition, c’était le monde à l’envers ! Aujourd’hui, c’est surtout une occasion de faire la fête entre filles – et de couper la cravate à tous les hommes qui ont l’audace d’en porter une ce jour là !

L’apogée du carnaval finalement, c’est ce qu’on appelle le Rosenmontag – le Lundi des Roses. Quelques villes en Allemagne particulièrement connues pour leur culture du carnaval (comme Cologne, Bonn, Düsseldorf et Mayence), y organisent des défilés gigantesques. Et même si le Lundi des Roses n’est pas un jour férié, de nombreux patrons octroient des congés à leurs employés lors de cette journée de coutume.

… et plein, plein, plein d’autres !

Enfin, certaines villes ont leurs propres fêtes coutumières – le Wäldchestag à Francfort, le Schützenfestmontag à Neuss, le Schwörmontag à Ulm… pour n’en nommer que quelques unes !

S’ajoutent à cela tout un tas de fêtes petites et grandes dans les villes et villages d’Allemagne, habituellement organisées par les amicales locales.

Bon, et puis, franchement, faut-il vraiment une raison pour faire la fête… ???

Certainement pas plus en Allemagne qu’en France !!

 

Magdalena

 

Tu as aimé cet article ? Alors laisse-moi un petit commentaire 🙂

Et si tu ne crois toujours pas trop aux Allemands qui rigolent – jète un œil à mon article sur l’humour allemand !

Cet article a 2 commentaires

  1. Avatar
    Delphine

    Bonjour Magdalena,
    Je ne connais pas le reste de ton blog, mais déjà bravo pour cet article bien documenté!
    J’irai jeté un oeil au reste.
    Einen schönen Tag noch 👋

    1. Magdalena
      Magdalena

      Bonjour Delphine,
      Merci, ça fait plaisir !
      Bonne lecture und dir auch einen schönen Tag 🙂
      Magdalena

Laisser un commentaire